Par une belle journée de cet automne ensoleillé, le baron de Solère se promenait dans le parc du palais, lorsqu'il vit venir à lui rien moins que sa Majesté qui prenait l'air. Le courtisan plié jusques au sol se confondit en courbettes et menaçait de s'allonger dans la boue, lorsque le souverain le releva, Et, lui pinçant familièrement l'oreille ainsi que le faisait, selon ce qu'il en avait ouï dire, l'un de ses augustes prédécesseurs, le prince demanda, usant du tutoiement familier qu'il avait coutume de tenir : « dis moi Soleure, je te prie de me répondre avec franchise et loyauté, sans tenir compte de la distance qui nous sépare et du fait que je suis ton maître, que penses tu de mon fils Jean? » Le baron réfléchit et répondit: « Sire, Jean est le fils d'un génie politique, il n'est pas étonnant qu'il soit précoce...Du temps de sa Majesté l'Empereur premier, il y avait des généraux de vingt ans. » Sa Majesté sourit, c'est çà dire grimaça, pinça derechef l'oreille du brave courtisan et dit: « Bravo mon ami, je vois que tu me comprends, dès la semaine prochaine je signerai un décret te nommant au Conseil economique et social. Tu le mérites.. »
Sans doute sa Majesté n'avait elle jamais eu connaissance de la lettre de la Marquise de Sévigné qui traitait d'une flatterie mal venue du vieux maréchal de Gramont au Roi Soleil. Autres temps autres moeurs. L'Empereur ignorait jusques à l'existence de la Marquise, et l'eût il connue, il n'eût eu que mépris pour une prose qui se vendait mal et rapportait peu.. Qui plus est Nicolas le Petit n'avait aucun des talents de Louis le Grand.
C'est que Sa Majesté avait de grandes visées concernant l'Aiglon. Non point que l'héritier fût aussi précoce que le disait le flatteur. Les études du prince Jean étaient laborieuses. A vingt trois ans, il tenait toujours son abécédaire à l'envers, ce qui, convenons en, ne rend pas l'apprentissage des syllabes très aisé. Nonobstant cette difficulté, Sa Majesté s'entêtait à confier au jeune Prince la direction de l'un des plus importants établissements publics d'Empire, sur lequel les barons neuilléens avaient mis la main, et qui enfermait moultes coffre-forts débordant de d'écus, de livres et de ducats..
A ce titre l'Aiglon règnerait sur un monde d'employés issus des plus hautes écoles. Cela posait problème à tous les étudiants qui travaillaient sans relâche pour réussir dans leurs études et ne s'en trouvaient récompensés que par le mépris affiché du Monarque. Les emplois étaient devenus rares du fait de la politique impériale, et les sujets prenaient conscience qu'on les réservait aux privilégiés sans tenir nullement compte de leurs mérites.
Une révolution autrefois avait éclaté pour des causes semblables., et avait vu l'abolition des privilèges aujourd'hui restaurés...
Mais il n'y eut que le reste du monde, des Amériques à l'Empire du Milieu, pour rire aux dépens de l'Empire et se moquer d'un état qui se comportait en monarchie népotique en dépit des leçons qu'il prétendait donner à l'univers.
Les gazettes impériales à leur habitude ménagèrent les puissants et leur cour.
L'Aiglon Jean se trouvait ainsi nanti de toutes les capacités pour devenir tour à tour ou en même temps Président de toutes les chambres, Prince Archevêque, Cardinal de Richelieu, entraineur de l'équipe impériale de ballon au pied, (ce en quoi, il faut bien avouer qu'il n'eût guère pu faire plus mal que le pauvre baron d'Omenech,), lauréat du prix Goncourt, secrétaire perpétuel de l'Académie impériale et j'en passe... et pourquoi pas premier Ministre en lieu et place du Duc de Fillon?
Le seul grade auquel il ne pouvait prétendre avant que son père fut mort était le titre d'Empereur. Mais rien n'indiquait qu'il ne fût, à ce poste aussi compétent que l'autre.
L'Empire dans son ensemble allait mal. Les Ministres faisaient des leurs et il y en avait toujours quelqu'un qui se prenait les pieds dans le tapis et qu' il fallait repêcher. Le marquis de Chatel s'était rendu ridicule en s'entourant de courtisans qu'il avait voulu faire passer pour des acheteurs ordinaires. Le Duc d'Hortefeux avait eu des propos outrageants pour les Auvergnats. Les turpitudes du traitre Besson étaient mises au grand jour par sa femme, sans parler des tribulations exotiques d'un certain Mitterrand surtout connu comme neveu, qui avaient divisé l'entourage, les uns lui décernant des brevets de sainteté et les autres le vouant au pilori ou l'envoyant aux Enfers. Le seul comique vint des contorsions des courtisans surtout les plus puritains d'entre eux en temps ordinaire, qui durent pour ne pas déplaire au prince, trouver au ministre des circonstances atténuantes et des vertus, mais n'en pensaient pas moins de ce manant acheté sur son nom par le souverain.
Sa Majesté se trouva fort aigrie de ne pas s'être vue attribuer le Prix Nobel qui lui était du et qui fut donné à ce noir d'Amérique, sans doute parce qu'il avait belle prestance et une physionomie agréable. Au fond d'elle même Sa Petite Majesté en fut blessée.
Avec cela l'Empire n'était qu'un vaste champ de démolitions. L'hopital en ruines, l'instruction à l'abandon, la justice amputée , l'insécurit é croissante, les manufactures fermées et les ouvriers sans travail... Tel était le piètre résultat des politiques impériales.
Le monarque ne sortait plus qu'entouré par des bataillons de policiers et parmi des foules de courtisans choisis pour leur petite taille. Il n'osait plus affronter les populations auxquelles il avait menti.
Le peuple perdait confiance, mais attablés autour des festins qu'ils se faisaient servir aux frais des sujets, le maitre et ses amis ne voyaient pas poindre les nuages.

2 commentaires:
Rien à redire. Tout cela est d'une authenticité historique remarquable. Il est à noter aussi qu'on apprit au jeune prince le port des lunettes pour le maturer quelque peu et qu'on lui appliquat la pommade Balkanol pour soigner son acné juvénile afin de le viriliser quelque peu.
Je souhaite que le jeune prince succède à son père dès 2012 cela assurera la continuité du régime: ainsi l'empire conservera la dévouée impératrice Carla.
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