Après avoir prononcé son discours d'intronisation et s'être adressé à ses valets de tous bords sans même attendre leur réponse, après avoir foulé le sable des plages en compagnie de l'américain mais point en tête à tête ainsi qu'il l'eût voulu, Sa Petite Majesté se fit donner fête pour le 14 Juillet dans le dessein d'esbahir son peuple.
Pour commencer la journée le Souverain passa ses troupes en revue au cours d'une parade militaire sur l'Avenue impériale.
Après quoi, une garden party fut donnée dans les jardins du palais, à cinq mille courtisans choisis et récompensés pour leur ardeur à servir le monarque en toutes circonstances, ainsi y furent le Marquis de Valse, prétentieux roquet de petite taille qui ne trouvait pour exister que la seule façon d'être de droite en s'affublant d'une étiquette de gauche , et le vieux Duc de Rocard, Ambassadeur impérial aux pingouins...
Arriva même en la place, un pauvre chômeur victime de la désastreuse politique impériale et qui avait accompli un trajet de trois cents lieues pour venir se joindre à la fête. Il fut admis en l'enceinte, mais le monarque ne daigna pas le voir et le confia à la Morano, ce qui indique bien le mépris en lequel il tient les plus humbles de l'Empire.
Puis vint le moment du concert. Sa Majesté avait convié son ami le vieil Halliday à beugler quelques unes de ses ritournelles pour distraire le commun. L'entrée était offerte, mais payée fort cher sur les deniers publics. Quoi qu'il en fût, l'assistance se précipita pour ouïr le vieux saltimbanque qui n'était reconnu nulle part en dehors de nos frontières, mais qui , s'il gagnait des sommes folles à l'intérieur de l'Empire, faisait mine de vivre à l'étranger pour ne pas être assujetti à l'impôt, et ne rien donner pour subvenir aux besoins de ses concitoyens.
Ainsi étaient beaucoup d'amis de Sa Majesté pour lesquels il éprouvait admiration et respect à la hauteur de l'argent qu'ils gagnaient, et que dans son ignorance des choses artistiques, il appelait artistes.
Mais ce ne fut pas tout. Sa Majesté profita de cette journée pour se répandre dans force gazettes et y faire vanter ses louanges par des gazetiers au zèle sans limites. Chacun y alla de son compliment. Certains firent parler la chancelière d'Allemagne ou le premier de Sa Gracieuse Majesté qui ne purent que dire leur admiration pour notre glorieux souverain à talonnettes. La contrariété vint de ce qu'une fois encore l'américain se refusât à apporter sa contribution au concert. Pourtant il eût été celui dont le petit monarque eût le plus désiré un mot.
Puis vint le problème des questionnements. Certains, dans l'entourage de l'Empereur, faisaient mine de poser des questions au peuple, afin de pouvoir dire au manant ce qu'il pensait et par conséquent ce qu'il devait penser. Dès qu'on obtenait le résultat voulu et favorable au prince, les questionnements et leurs réponses étaient envoyés aux gazettes les plus amies qui s'empressaient de les publier. De telles pratiques eussent dû entrainer une révolte de l'opposition qui, à son habitude, occupée à ses querelles internes ne dit mot. Quelle curieuse opposition c'était là.
En fin de semaine le couple impérial partit pour les Amériques où l'impératrice, revenant à son métier d'antan, devait murmurer de sa voix fluette, en l'honneur d'un sage africain dont on célébrait l'anniversaire. Leurs Majestés partirent par engin volant ordinaire, voulant ainsi démontrer qu'ils économisaient les deniers publics. L'ennui étant que lorsqu'il en était ainsi, un second engin vide devait suivre le premier afin de ramener au plus vite sa Majesté et ses talonnettes sur le territoire impérial en cas de besoin, annulant ainsi l'économie.
Sa Majesté l'Empereur sortit se promener sans façons au hasard des rues de la Nouvelle York , seulement protégé par une dizaine de gardes, ce qui montrait qu'il était plus confiant dans le peuple américain que dans celui de son empire, car de ce côté ci de l'océan, chaque sortie du souverain mobilisait des centaines de gardes. Comme si Sa Majesté craignait son propre peuple.
Ainsi allait l'Empire en ces temps de chômage.
La dette s'envolait, mais chose étrange, il n'était plus du tout question de l'héritage que les actuelles générations laisseraient à leurs enfants ainsi qu'on l'avait clamé lorsqu'elle était beaucoup plus faible. Peut-être qu'au delà d'un certain niveau la dette se remboursait elle même

1 commentaire:
Excellent!Vous êtes un récidiviste en la matière mon cher Yves et vous méritez amplement le titre de biographe de l'emperillon!
Enregistrer un commentaire