Ah qu'il était difficile d'être courtisan en ce temps là... Que fallait il faire? Que fallait il ne pas faire, pour plaire au Prince? Les meilleurs, les plus courbés, s'y perdaient se jetaient dans l'erreur, la faute, le crime de bévue, au point d'y perdre leur réputation et de se retrouver en disgrace.
Ainsi, faisant sa course dans le Parc Impérial, Sa Majesté était elle tombée.
Vite toute la Cour se mit à murmurer, à bruire, à s'exclamer, à sangloter. Le monde ne vécut plus que dans le brouhaha de cette chute que d'aucuns appelèrent malaise.
Les plus imprudents se précipitèrent vers les gazettes pour s'y montrer, faire étalage de leur savoir et de leur proximité avec Sa Majesté. Ils inventèrent des malaises pour expliquer sa chute. D'aucuns y virent un malaise vagal, comme si le souverain eût pu être soumis aux effets débilitants de gaz comme un quelconque sujet.
Le Duc de Guéant, premier conseiller s'en alla dire, le malheureux, qu'il n'y avait pas péril en la demeure puisque Sa Majesté avait recouvré tous ses esprits! Misère... Cela signifiait donc qu'il les avait perdus!
De son paradis de Saint Martin, au-delà des mers, le Prince Balkany, l'un des tout proches, l'air satisfait à son habitude, se lança dans des considérations sur les repas de Sa Majesté, sur la nécessité où il se trouvait de faire régime, sur sa charge de travail qui était trop pour lui...L.'impudent
Voulait il dire que sa Majesté mangeait au point de se rendre malade? Qu'elle n'était point capable de digérer? Qu'un régime était en mesure de l'affaiblir? Que sa santé ne pouvait résister au travail? Ne savait il pas que Sa Majesté est parfaite, que son travail pour l'intérêt de l'Empire aussi harassant pût il être pour un individu normal n'a pas de prise sur elle, que sa personne belle bien faite et harmonieuse ne requiert aucun artifice, que sa passion est de courir, sauter, s'agiter, remuer en tous sens et qu'il n'a point besoin de raison à cela?
Il y eut encore le bouffon Lefebvre, à qui l'on avait eu la faiblesse de promettre quelque sous ministère et qui vint déclarer qu'il y avait toujours à s'inquiéter d'un malaise cardiaque! Cardiaque! Le propos fut aussitôt démenti et le dit Lefebvre vint lui même devant les gazetiers essayer de se
dépêtrer de son mauvais pas en s'embrouillant un peu plus. Cardiaque, je vous le demande!
Dans l'heure la nomination promise au bouffon de l'Empereur fut remise aux calendes
Le Duc de Fillon lui même, qui se trouvait en son château du Maine, averti de l'accident, fit atteler son carrosse pour revenir bride abattue dans la capitale, crevant force chevaux de la Poste dans son empressement. Les gens qui le virent ainsi purent penser à tort que l'empereur se trouvait au plus mal et que c'en était fait de lui.. D'autres y virent le fait que le souverain, n'ayant pas préparé sa succession, le Duc souhaitait se rapprocher du trône. A la bévue, on ajoutait l'intrigue..
Chacun croyait bien faire, et tous s'étaient trompés...
Heureusement Sa Majesté surnageait, et remettait de l'ordre en sa Cour qui avait pris des allures de volière, chacun courant en tous les sens caquetant et poussant les autres pour. être en premier Le bruit retomba, l'ordre revint, les disgraciés mâchonnèrent leur déconvenue et se firent petits en leur disgrâce.
Les médecins conseillèrent tout juste à Sa Majesté de prendre de l'air pur et du repos. L'Impératrice Carlita et lui partirent aussitôt pour le Cap Nègre. Mais sans doute lui faudrait il se passer pour un temps de sa passion favorite. Comme un autre s'était occupé de serrurerie, lui s'occupait là-bas d'égouts ce qui n'était certes pas recommandé à son état de fatigue.
Dans l'Histoire, seul un homme ne commit pas de faute et se comporta dignement. Il s'agit du Comte de Larcher, chef du Sénat de l'Empire et responsable de l'organisation des successions. A ce titre, le Comte assurait la transition entre les Souverains. Or il ne broncha pas et eut la sagesse et le goût de ne pas se faire apporter les dossiers qui précisaient les règles de la succession. Ce fut d'une grande sagesse.
Ainsi vivait la cour au temps d'un Souverain si occupé des vertus de son nombril qu'il faisait tourner en bourrique ses courtisans les plus zélés.

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