Le journal local, toujours aussi plein d'humour titrait: « Loup, l'évêque qui fait la foire ».
Des Saint Loup il y en eut plusieurs.. Un très connu et très malin qui vécut avant le nôtre, fut évêque de Sens , et qui fricotait un peu avec les jeunes vierges comme un quelconque Berlusconi, mais qui aussi était très fortiche en miracles (beaucoup plus que Berlusconi). Il lui suffisait de sonner les cloches pour que l'ennemi s'en aille... Et si on voulait lui piquer la cloche, elle arrêtait d'émettre des sons mélodieux... C'est dire la force qu'il avait en sainteté!
Le nôtre était moins malin, encore que, il avait guéri en disant la messe , le fils du roi Clotaire, le prince Caribert, et donc il avait marqué des points pour sa nomination comme évêque de Limoges. Ce qui eut lieu en 613. C'était un type d'ici, mais le Limousin a toujours été plein de Saints...
Saint Martial, le plus connu, que la légende classait parmi les apôtres, (tu parles, prétentieux)... Saint Yrieix, Saint Victurnien, Saint Junien, Saint Brice, une flopée de petits saints locaux qui ont laissé leur nom à leur patelin, et puis Saint Aurélien, Saint Alpinien, Saint Germain les Belles (encore un émule de Berlusconi), et Saint Eloi, le grand Saint Eloi, qui dit « Oh mon Roi, votre Majesté est mal culottée »... (quand j'étais gamin, on chantait un couplet irrévérencieux: « Salaud lui dit le roi, tu pètes et tu dis que c'est moi »...)
Bon revenons en à notre Loup, qui a participé, aux côtés d'Eloi, justement à la fondation du monastère de Solignac dont il a signé la charte...
Le 5 décembre 1966 d'ailleurs quatre autres jeunes loups aux dents longues mais pas vraiment saints, réunis à l'auberge saint-Eloi, au pied de la célèbre abbaye, firent le serment de chasser la gauche du Limousin. Ils se nommaient Bernard Pons, Pierre Mazeaud, Jean Charbonnel et Jacques Chirac... Question miracles... ca se discute. La gauche est encore là, mais tellement peu à gauche...
Saint Loup est mort en 632, le 22 Mai, et comme on lui prête de nombreux miracles, la foule se précipite autour de l'Abbaye Saint Martial de Limoges où on l'enterre. Quand il y a du peuple, il y a du commerce. Je ne sais pas si c'était un temps de crise. Probablement d'ailleurs, mais qu'importe. Les marchands sont arrivés de tous les côtés avec les baraques à merguez, les charcuteries d'Auvergne, les kébabs et les paninis... Et les râpes miraculeuses, les éplucheuses à patates qui ne font pas de déchets, les produits à récurer qui enlèvent toutes les traces sans forcer, les baratineurs au coin des rues qui vous mettent trente articles pour le prix de la moitié d'un... La foire était née... L'une des deux grandes foires qui subsistent encore. L'autre c'est celle des Innocents, dédiée à tous ceux qui croient qu'on y fait des affaires et qui écoutent les baratineurs..
Au fil du temps les grandes foires du Moyen-Age ont connu des vicissitudes, des hauts et des bas. Et maintenant, la foire de Saint-Loup est devenue un vrai marché africain, avec ses marchands, ses produits, ses musiques sa clientèle , d'où les photos de tenues et de coiffures qui accompagnent ce billet. Un vrai moment de dépaysement haut en couleurs...
Mais il y aurait tellement à dire sur ces commerçants limougeauds qui au lieu de se mêler à l'animation, d'ajouter à la vie de la cité, baissent soigneusement leurs rideaux de fer... «L'insécurité, vous savez ma pauvre »... Saint Loup ne fait pas toujours des miracles, hein...

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